Kalalou

Douleurs...

C’est l’histoire d’un continent laissé pour désertique, depuis le jour où la pluie, vexée, décida de laisser sa place au compère soleil.
C’est l’Afrique du temps du père de la mère d’un de mes aïeux, dont l’histoire a mangé le nom et oublié l’adresse.
C’est l’histoire de cet homme à la peau ébène, à la tête poivrée, qui fut un jour vendu par le chef de son village pour deux fusils à baïonnette, trois mètres de tissus et quelques bouteilles d’alcool. Ainsi allait la vie, à cette époque où la vie ne valait rien.
Il s’agit des chroniques d’une traversée mouvementée, dans les cales de bateaux négriers surpeuplés,

Où la peur, amante fidèle , enlaçait les corps et étreignait amoureusement les entrailles,

Où les jours et les nuits ne faisaient qu’une seule et immense mer de douleur et de misère,

Où le bruit fracassant des corps jetés par dessus bord, puis celui des os broyés par les dents des requins voraces de l’Atlantique, faisait frémir les survivants entassés dans la moiteur des cales,

Où le fouet, métronome implacable, rythmait le temps de son claquement sourd sur les dos tannés par le soleil ingrat.


C’était l’époque de la négation de l’homme par l’homme, l’époque où le degré de noirceur d’une peau pouvait faire d’un homme une machine. Déshumanisation. Violence du fouet, qui bourdonne encore à mon oreille, la nuit… La douleur physique, peut-elle être comparée à la douleur morale des déracinés ?


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