Nos tendres Petits Matins...
Encore une histoire de départ... Ne lire que si vous n'avez absolument... RIEN à faire...


Le mec saoul parle maintenant à sa bouteille de rhum vieux Bally entièrement vide. Peu a peu, les sièges se sont vidés autour de lui. Son voisin d'abord, puis les filles assises devant ont plié baguage et trouvé des places plus loin. Le stress sans doute : il a sifflé une entière bouteille de rhum vieux, en plus du vin et de la bière du dîner. Beaucoup ne supportent pas l'avion...
Le prof corrige les brevets blancs de français. 25 années dans l'éducation nationale et il est toujours surprit de l'imagination et de l'ingénuité de certains élèves. Il faut dire que l'enseignement, plus qu'une profession est sa véritable vocation. Sa motivation ne faiblit pas, malgré le contexte, malgré le carcan de l'institution qui l'a tant de fois trahi. Il est né pour former les jeunes esprits.
Je viens de terminer "Un cœur à rire et à pleurer" de Maryse Condé. J'ai vu la pièce il y a quelques temps au TM par Martine Maximin (actrice. Excellente actrice) et Antoine Bory (musicien multi-instrumentiste). Le livre remet en tête la pièce et fait découvrir d'autres chapitres passés à la trappe lors de la mise en scène. Je crois que je n'oublierai jamais la tête de Martine (Maryse), précisant à sa mère que la très blanche Amélie est "son idééééal deeee beauté". Bribes d'une enfance en pays étranger : le sien. Gagne à être lu.
J'ai pu dormir de tout mon long dans mes 4 sièges vides, malgré les gloussements incessant du petit troupeau de jeunes assis derrière. La nourriture est de plus en plus infecte dans ces avions, et l'espace de plus en plus exigu. Le gros monsieur aux grosses jambes ne démentira pas. Impossible pour lui de garder son plateau sur la tablette qui n'atteint jamais l'horizontalité à cause de ses jambes Botéro. Les hôtesses sont infâmes et laides en plus. Elles aboient dans les allées un agressif "CAFÉ THÉ CHOCOLAT" dès le réveil, auquel on ose à peine répondre.
J'aime la douceur du matin. L'odeur du thé parfumé à la cannelle et à l'orange. Le goût du jus d'orange adoucit par de la purée de banane (je siffle tous les matins 3 grands verres de cocktail orange/banane depuis quelques temps).
Le type saoul écoute à fond la musique dans l'avion. Pratique : tout le monde peut en profiter.
J'aime la douceur des petits matins. Etre réveillée par sa main caressant tendrement ma joue, ouvrir tranquillement les yeux, redécouvrir, chaque matin son visage, son sourire. Lui offrir les miens. S'étirer langoureusement. Poupée de chiffon du matin. Sourire encore. Etre heureuse de t'avoir à mes côtés. Je t'étreins. Traîner au lit. Mettre de la musique. Douce. En ce moment, la voix suave de Sara Gazarek.
9° au sol nous prévient tranquillement le chef de cabine. 9°C !??! Je n'ai qu'un pauvre sweet pour me protéger de ces températures que mon corps a déjà oubliées. Le gars saoul téléphone alors qu'on entame à peine la descente sur la Capitale... « Fasten your seat belt »... Le type ivre mort vient d'insulter (une sombre histoire de couille) copieusement le steward qui lui demandait poliment (pour changer) d'éteindre son téléphone. Ça va chauffer. Le chef de cabine s'approche pour des explications.
Douceur du matin... Le serrer dans mes bras pendant que l'eau chauffe, que le thé infuse. Pique-niquer dans les draps encore chauds... L'homme ivre essaie maintenant d'atomiser sa tablette, visiblement furieux que le chef de cabine ait trouvé la bouteille de rhum vide sous son siège, et compris dans quel état il devait être.
S'envelopper dans une couverture. Se blottir contre lui. Penser « Je vais être à la bourre au boulot, c'est certain ». Une hôtesse excessivement souriante nous informe, à l'écran de la position des issues de secours. Je n'ai pas le souvenir d'un rappel des règles de sécurité à l'atterrissage lors de mes précédents voyages. Serait-ce une façon déguisée de nous faire comprendre qu'il y a un petit problème et que l'atterrissage risque d'être mouvementé ?
Douceur du petit matin. Dernier. Non, avant dernier petit câlin. Je suis molle comme un doudou d'enfant le matin, il peut faire tout ce qu'il veut de moi... Le chef de cabine revient faire la leçon au buveur compulsif de la rangée. Risque de police à l'arrivée ! menottes et tout. Le type sourit, visiblement fier de lui. L'affaire prend des proportions inattendues... Matins calins, petit déjeuner. Je suis à 2 à l'heure le matin. Je traîne. Bois mon énorme tasse de thé et mes verres de nectar orange-banane. Doucement, je m'hydrate. Me roule sous les couvertures pour encore 2 minutes, les dernières. Je le regarde, surtout. S'activer, manger, me regarder. Doucement, le sang re-circule dans mes veines. Chaque matin est une lente sortie d'hibernation. Mes paramètres se normalisent, s'affolent quand il me prend dans ses bras. Puis la réalité me rattrape. 8H00. Pas lavée, pas coiffée... Et les vacances sont encore loin ! Le doux petit matin s'efface dans la précipitation. Douche froide. Qu'est-ce que je bien pouvoir me mettre ? La vie, l'agitation du dehors, les enfants fatigués en route pour l'école, les parents angoissés, les bouchons, le stress nous rattrapent dans notre cocon. Même ici. Vite. 8h25, pas prête ! A peine habillée. RFI scande les infos d'un monde complètement fou. Sans ménagement, la guerre en Irak et les guerres fratricides africaines débarquent chez nous, sur fond de réchauffement climatique. 8h40. Dernier baiser sur le pas de la porte, dernière caresse. Encore une journée loin de toi (pas si loin ?! tellement loin...). Je suis fin prête, habillée, coiffée (enfin, légère hyperbole), chaussée. Chaussée ? Dernière incursion du doux petit matin. Retour à la case départ, ces confortables et horribles chaussons, ne partiront pas au boulot aujourd'hui.
Le gars saoul s'est calmé. Les mots menottes et police ont du prendre enfin un sens dans son cerveau embrumé par l'alcool. On atterri sans encombre dans le frog, Bagdad Café en fond sonore dans les écouteurs.
Les voyages, vous l'aurez compris, m'inspirent...
L'image : Oleo : "Dulce Despertar", Marcelino González (Colombia).
Par Kalalou, Vendredi 4 Janvier 2008 à 00:28 GMT+2 dans Petits bonheurs en vrac... (article, RSS)





