Loup, Lynx, Ours…
Pourquoi les grands prédateurs effraient-ils tant ? Serait-ce parce qu’ils rappellent à certains que malgré les satellites qui explorent les coins et recoins du système solaire, malgré les médicaments qui retardent la fin, malgré tout ce qui pourrait faire croire que nous sommes les maîtres incontestés de la planète et le summum de l’évolution, nous ne sommes que de vulgaires mailles de la chaîne alimentaire, des proies potentielles pour les grands prédateurs… Qu’en somme, nous ne sommes pas grand chose face à la nature ? Les grands prédateurs donnent à certains la sensation d’être dé-homosapiens-tisés (mot inventé pour la circonstance), ramènent certains à l’époque où la vie, précaire, ne tenait qu’à la sélection naturelle, à l’endurance en course et à la chance… Mais ils nous font du bien, en nous rendant plus humble…
Le problème, c’est que beaucoup de gens n’ont pas envie d’être humble, beaucoup de gens aiment se gonfler les pectoraux, sous des marcels moulants, au volant de 4X4 pas polluant pour un sous, bras au vent, sur les routes sinueuses des Pyrénées, à la recherche de « nature »… Oui, mais pas de n’importe quelle nature, de nature DOMESTIQUEE, standardisées, d’un petit carré de forêt entre deux bons pâturages bien entretenus par de vaillantes brebis elles aussi sélectionnées pour produire du lait apte à la fermentation ! Il y a des limites au désir de nature tout de même !
Certains avanceront qu’il ne s’agit pas de préserver la souche pyrénéenne puisque l’ours importé est Slovène. Certes (ces certains là sont sans doute de vrais As en génétique, car il s’agit de la même espèce, même sous-espèce, même lignée… Divergence au niveau de la sous-lignée ? Il faudrait que je vérifie, mais est-ce vraiment nécessaire ? D’autres l’ont fait avant moi). D’autres, que la montagne a évoluée, qu’elle est aujourd’hui site d’élevage et de tourisme (ces certains là ont sans doute des actions chez « brebiBIS », au bon lait de breBIS…), et que l’ours représente un danger pour l’élevage (0.06 % de cas par an, dont plus du quart, incertain, indemnisé dans le doute). Tous ont peur… Peur de se réaliser que l’homme n’est finalement pas insubmersible, que le bateau peu prendre l’eau, que l'infâme Nature rôde ! La presse, avide de bataille du troisième type, en profite, mitonnant des phrases saigneuses, relayant des répliques phares, pour faire monter la mayonnaise… Et les passions s’enflamment autour du grand bouc-émissaire brun, et la politique s’en mêle, oubliant le but premier de l’aventure : faire preuve d’homo-sapiens-tisation raisonnée en sauvant ce qui reste à sauver de nature…
Espérons, pour le rétablissement d’une certaine biodiversité, que l’étude de faisabilité préalable à cette réintroduction a bien pris en compte la nouvelle donne environnementale dans les Pyrénées, en tous cas, de façon plus efficace que l’étude sociale d’acceptation de l’ours par les populations locales… Enfin, moi, dans les Pyrénées, je me méfierais plus du grand type en gilet kaki, à l’affût, browning à l’épaule et qui tire sur tout ce qui bouge, que de la cousine de Melba…