Debout dès l’aube. Interroger la mer, le ciel
Observer la marée et le vent
Du bout des lèvres, goûter le temps
Et décider, sans équivoque
Du comment, de l’où et du quand.
Un café vite avalé,
Afin d’affronter les flots démontés,
Lorsque arrive le temps du DCP,
Du Miquelon, et des autres bords,
De la Domi et de la Lucie.
Un café lentement siroté,
Lorsque les casiers à poisson doivent être remontés.
Jamais de café,
Lorsque les « balaous » promettent une senne musclée…
« Râlé’y», « râlé’y », tirer la senne dans un effort brièvement fraternel
Et la sueur conjuguée, et les bons mots lancés
Et le mouvement des corps pour un temps accordés
Dans un rythme que la modernité n’a pu galvauder ;
Car même si le chant a déserté les plages,
Aujourd’hui remplacé par les gémissements d’une mer
Affligée de voir partir ses si petits enfants.
Toujours, ces corps en balancier,
Le temps d’une fragile coalition humaine
Contre la mer, la houle et les courants.
Harmonieusement ensemble pour changer, et faire taire ceux qui ont sacrifié
Le mythe de notre solidarité sur l’autel de la modernité.
Toujours, la corde déchirant les mains les moins aguerries.
Toujours, sur la plage rodent ses chats affamés,
Et dans le ciel, tourbillonnent ses mouettes faméliques,
Poursuivies par des frégates étiques
Et des sternes désespérées jetant leurs dernières forces vers quelques maigres sardines ;
Et des enfants audacieusement levés avant le soleil
Et des sachets plastiques recueillant le court salaire
De la peine et de la sueur versée,
Augurant pour certains, quelques amuses gueules frits
Pour les plus jeunes, la monnaie
Vite brûlés dans quelques manèges d’enfants.

Retour de pêcheur de la mer
Retour de l’homme, du père et du mari
De l’enfant du pays, aux commandes de sa « Douce Emilie ».
Puis ces jours où les yeux déjà voilés,
S’usent sur un horizon désert,
Ces jours où,
La mer retire égoïstement un père à ses enfants.