Kalalou

Départ d'un poète

 

Un poète est parti.

Au bout d'un petit matin,
Aujourd’hui s’en est allé,
Notre maître de maïeutique,
L'accoucheur de nos consciences bariolées.

Dans la clameur populaire,
Entre les alpinias dressées vers le ciel,
L’homme de toutes les fiertés
Voit son nom inscrit pour la postérité,
Dans nos ciels étoilés.

 

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La Vieille Veuve

 

 

 

Elle est vieille

La peau parcheminée, délicatement posée sur les os

Robe noire, chaussures noires, sur corps jaune et grêle

Un masque de tristesse scelle son visage

Sillonné par les rides de la vie.

Son fils, délicatement, lui effleure le bras

De peur de briser ses os de cristal.

Son fils,

Dernier rempart contre la solitude

Celle qui la ronge dans cette robe noire devenue trop large

Pour son corps minuscule et sa peau de papier ;

Peau sur laquelle sont gravées ses douleurs

Et que l’on semble pouvoir émietter ;

Miettes de sa mémoire du temps de l’antan

Eparpillées aux quatre vents

Jusqu’au temps où il vivait encore

Tendrement ensemble, affectueusement unis contre les coups de l’âge.

Mais sa mémoire flanche, et déjà, elle l’oublie...

 

 

 

 

 

  

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Complainte du pêcheur

Debout dès l’aube. Interroger la mer, le ciel

Observer la marée et le vent

Du bout des lèvres, goûter le temps

Et décider, sans équivoque

Du comment, de l’où et du quand.

Un café vite avalé,

Afin d’affronter les flots démontés,

Lorsque arrive le temps du DCP,

Du Miquelon, et des autres bords,

De la Domi et de la Lucie.

Un café lentement siroté,

Lorsque les casiers à poisson doivent être remontés.

Jamais de café,

Lorsque les « balaous » promettent une senne musclée…

« Râlé’y», « râlé’y », tirer la senne dans un effort brièvement fraternel

Et la sueur conjuguée, et les bons mots lancés

Et le mouvement des corps pour un temps accordés

Dans un rythme que la modernité n’a pu galvauder ;

Car même si le chant a déserté les plages,

Aujourd’hui remplacé par les gémissements d’une mer

Affligée de voir partir ses si petits enfants.

Toujours, ces corps en balancier,

Le temps d’une fragile coalition humaine

Contre la mer, la houle et les courants.

Harmonieusement ensemble pour changer, et faire taire ceux qui ont sacrifié

Le mythe de notre solidarité sur l’autel de la modernité.

Toujours, la corde déchirant les mains les moins aguerries.

Toujours, sur la plage rodent ses chats affamés,

Et dans le ciel, tourbillonnent ses mouettes faméliques,

Poursuivies par des frégates étiques

Et des sternes désespérées jetant leurs dernières forces vers quelques maigres sardines ;

Et des enfants audacieusement levés avant le soleil

Et des sachets plastiques recueillant le court salaire

De la peine et de la sueur versée,

Augurant pour certains, quelques amuses gueules frits

Pour les plus jeunes, la monnaie

Vite brûlés dans quelques manèges d’enfants.

 

Retour de pêcheur de la mer

Retour de l’homme, du père et du mari

De l’enfant du pays, aux commandes de sa « Douce Emilie ».

Puis ces jours où les yeux déjà voilés,

S’usent sur un horizon désert,

Ces jours où,

La mer retire égoïstement un père à ses enfants.

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NuIt

Parfois, la nuit,
Les branches des arbres semblent frémir de plaisir
Sous la caresse langoureuse du vent
Légers mouvements, discrètes étreintes amoureuses
(entre être vivant et un élément que rien ne prédestinait pourtant)


Parfois, la nuit,
Les yoles des pêcheurs sont des couffins d’enfants abandonnés sur les flots
Que la mer semble bercer tendrement,
Afin de permettre leur endormissement,
Léger roulis, délicate comptine fredonnée par le vent
Sous l'oeil bienveillant de la lune en croissant.
Doucement, l'enfant se laisse emporter dans le doux pays des rêves éthérés.

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www.dl-digital.com/lunar_images.htm.

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Douleurs...

C’est l’histoire d’un continent laissé pour désertique, depuis le jour où la pluie, vexée, décida de laisser sa place au compère soleil.
C’est l’Afrique du temps du père de la mère d’un de mes aïeux, dont l’histoire a mangé le nom et oublié l’adresse.
C’est l’histoire de cet homme à la peau ébène, à la tête poivrée, qui fut un jour vendu par le chef de son village pour deux fusils à baïonnette, trois mètres de tissus et quelques bouteilles d’alcool. Ainsi allait la vie, à cette époque où la vie ne valait rien.
Il s’agit des chroniques d’une traversée mouvementée, dans les cales de bateaux négriers surpeuplés,

Où la peur, amante fidèle , enlaçait les corps et étreignait amoureusement les entrailles,

Où les jours et les nuits ne faisaient qu’une seule et immense mer de douleur et de misère,

Où le bruit fracassant des corps jetés par dessus bord, puis celui des os broyés par les dents des requins voraces de l’Atlantique, faisait frémir les survivants entassés dans la moiteur des cales,

Où le fouet, métronome implacable, rythmait le temps de son claquement sourd sur les dos tannés par le soleil ingrat.


C’était l’époque de la négation de l’homme par l’homme, l’époque où le degré de noirceur d’une peau pouvait faire d’un homme une machine. Déshumanisation. Violence du fouet, qui bourdonne encore à mon oreille, la nuit… La douleur physique, peut-elle être comparée à la douleur morale des déracinés ?


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De Sens en Sens

Un petit questionnaire trouvé sur Volcréole, et que j'ai eu envie de remplir ici...

Ce qui bouleverse le plus vos sens quand vous rentrez au Pays Natal...

Le toucher : Les deux bises retentissantes appliquées sur les joues fraîches de mes petits neveux qui ont grandi et que je retrouve à l'aéroport après une longue absence...

L'odorat : L'odeur du Gigot d'agneau qui me titille les volutes nasales dès 7h00 le dimanche matin, puisque Maman Kalalou décide de prendre de l'avance pour aller à la grand messe du dimanche...

Le gout : Ben, celui, évidemment du même gigot, cuit à l'ail et dont la saveur est sublimée par la matinée passée dans son jus... Sinon, les sorbets coco après la plage, les tartes à la confiture et le pain doux de la tite dame du fond du marché.

L'ouïe : La première nuit dans l'île. Les criquets que j'entends toute la nuit... Les cloches de l'Angélus que j'entends le premier matin à 5h00, décalage horaire oblige... Ben oui, autrement je ne les entends pas. Comment ça, "pas normale" ? j'ai juste un sommeil de plomb !!!

La vue : Les couleurs éclatantes du marché, le dimanche. Ma baie, le premier matin, lorsque le décalage horaire m'a arraché de mon lit avant le lever du jour et que je regarde le soleil monter doucement, persuadée d'être la seule à profiter de ce spectacle. La fraicheur des alizées a ce moment précis.
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