Kalalou

Envie de rien

Juste cette envie d'eau, de mer, de vent sur ma peau.

Dormir là, sous la lune, avec pour seuls témoins ces quelques oiseaux
Fermer les yeux, dormir encore
Se réveiller ? Ce cocon tendu entre deux arbres serait un agréable linceul.

Juste cette envie d'embruns, de sel et d'alizés...

Assise, sur ce sable clair
Cette stupide peur encore au ventre
Malgré le murmure rassurant de la nuit, malgré ces caresses sur ma peau
Cent, mille questions, me traversent l'esprit
La sagesse dirait sans doute qu'il faut simplement profiter de ce doux moment présent...
Instant tendre et chaleureux volé au temps


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Sea

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Rick & Aleah Sato, www.elementalink.com

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Cruelle mémoire ô !

Alors que je ne m’y attendais plus, elle m’a saluée. Elle m’est apparue dans les traits d’une autre, mais j’ai reconnu ses gestes et l’intonation de sa voix. J’ai revu sa douceur, sa tendre autorité et son obsession à raconter encore et toujours les mêmes histoires ; des histoires de cœur et d’amiral, des petits ragots ; j’ai de nouveau entendu ses comptines, ses petites bêtes qui montaient, montaient, jusqu’aux chatouilles, je me suis rappelée ses genoux où il restait toujours de la place, son affection, sa tendresse, plus tard, ses conseils de cœur, j’ai repris l’odeur de sa cuisine, de ses liqueurs dans lesquelles nous trempions la patte comme les chats dans les pots de lait. Elle faisait mine de ne rien voir…
Ma petite main dans la sienne. Nos pérégrinations dans le bourg, nos arrêts chez chacune de ses vieilles connaissances, pour échanger deux mots, quatre paroles, prendre des nouvelles. Les tissus, le fil et les aiguilles, les mesures, les coutures… Nos robes de poupée fignolées par ses soins…
J’arrête. Je réalise que ma mémoire, traîtresse, me fait déjà défaut, alors que la blessure saigne encore… Mes souvenirs sont épars, le temps, les priorités les ont effacés ou atténués. Ma mémoire n’est qu’un livre ouvert au vent violent, des pages s’envolant dans l’oubli sous l’effet des bourrasques… Tu flanches alors que le temps presse et qu’il n’y a plus personne pour te raviver !
Un à un, ceux qui nous étions, selon nous, indispensables, nous quittent et nous sommes toujours là, et la vie continue, immuable, avec ses tracas triviaux et ses enjeux ridicules.

A chacun de mes retours dans mon pays natal, je revivais en aveugle les moments de mon enfance, refusant de me rendre à l’évidence. Elle me disait chaque année au revoir ou peut être adieu, précisant à chaque fois que peut être durant mon absence, elle serait partie faire sa « petite commission ». J’en rigolais tranquillement, persuadée que malgré tous les changements que je m’interdisais de remarquer, malgré son visage de plus en plus chiffonné, son corps de plus en plus voûté et fatigué, la maison de plus en plus petite à mesure que je grandissait, malgré le temps, que tout était comme avant. La maladie la rongeait, et elle murmurait qu’elle n’était plus qu’un vieux corps. Je démentais avec conviction, affirmant qu’elle était plus belle que jamais, lui teignant les cheveux en châtain clair et la charroyant fardée et poudrée, ici et là, selon son bon plaisir.
Elle s’était laisser dépérir dès qu’elle avait eu l’impression de ne plus être utile. Dès que les petits enfants, devenus grands, n’avaient plus mérités son attention permanente, ses petits pots de crème et ses robes à fleurs. La machine à coudre était désormais rangée sous un vieil escalier, abandonnée entre un vieux lavabo et divers éléments de robinetterie, et était désormais la demeure d’araignées aux pattes velues. Nous avions précipité son vieillissement en grandissant trop rapidement, en nous dispersant aux quatre coins de la France et du monde. En partant, tout simplement. Elle s’était vidée de ses forces en nous faisant grandir...

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Source Image : http://www.matta-art.com/1957.htm

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A l'aiguille des secondes...

Jamais tu ne te fatigues, d'emprunter encore et toujours la même route, de voir encore les mêmes chiffres ?

Arrête toi un peu, repose toi, souffle… et laisse nous prendre notre temps
Ton tic tac m’étourdit, ta folle danse dans le cercle me donne le tournis
Quand te lasseras-tu un jour de suivre encore et toujours le même chemin, petite Sisyphe du temps, condamnée à jamais à l’action vaine ?
Tu nous harcèles pour nous faire payer la platitude de ta morne existence…
Petite aiguille, ne sois pas rancunière…

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Tempête Tropicale...

Entendre le bruit de la mer amoureuse du rivage qu’elle caresse sans se presser,
Langoureusement, dans son éternel recommencement
Fenêtre ouverte, profiter des alizés, de l'air salé, du vent marin
Ecouter l'incessant chant d'amour des criquets bavards
Se laisser bercer par la danse du vent dans les longues branches de palmiers dociles
Laisser son corps las s’enfoncer dans le matelas
Puis s’endormir, enfin

Rêver…

Sentir un léger picotement, une petite sensation d’inconfort sur le bout des pieds, les jambes...
Etre arrachée de son sommeil par cette sensation de plus en plus désagréable
Le vent s’est levé, il pleut, la fenêtre est ouverte
Mon cœur bat à tout rompre…

Les alizés ont cédées la place à un fort vent d’est, qui secoue nerveusement les frêles cocotiers.
Je suis à la fenêtre, les gouttes démentes me lacèrent le visage : tempête en pleine nuit tropicale
Mon esprit s’emballe : Quand enfin ? Pourquoi ? Mais quand ?
Absurde tempête des nuits tropicales...
La tempête se calme aussi vite qu’elle est venue : je n’aurai pas de réponse ce soir
Ni le vent, ni la mer furibonde, ni la pluie violente ne me chuchoteront de mots à l’oreille


L’esprit, las d’attendre des réponses retrouve le refuge des rêves
Le corps, las d’être malmené par une logique tortueuse retrouve le refuge des draps.


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Deux soeurs.


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Assises dans un coin de ma chambre
Mes deux grandes sœurs me veillent
Zélées, et déterminées ; elles me couvent, me surprotègent

Solene, qui ne me quitte jamais,
Tricote dans un rocking chair. Sa chair épaisse déborde du fauteuil, ses doigts épais s’affairent.
L’obscurité ne la gène pas. Solene n’a pas besoin de lumière. Elle lève souvent la tête, et me regarde en souriant. Solene m’aime, et ne conçois pas sa vie sans moi.
Je hais Solene et voudrais qu’elle m’oublie.
Elle me prend parfois dans ses bras, m’enveloppe, m’étouffe dans sa graisse, me berce, m'étourdit, pour que j’oublie le monde et que toujours, je lui appartienne.
Et je voudrais qu’elle parte, qu’elle me laisse vivre, enfin.
Mais elle me nargue, chuchotant « je serai toujours avec toi »…
Lorsque je l’abandonne pour de meilleurs amis, le temps d’une soirée; au milieu de la foule, Solene me retrouve et me fait signe. Je sens sa main pesante sur mon épaule et sa voix grave me susurre à l’oreille « ne t’en fais pas, je suis là ». La foule disparaît alors, les sons s’estompent, les images se troublent. Je regagne ma coquille et sécrète mon opercule.
Puis je rentre et je retrouve Solene, qui m'espère sans inquiétude...
Inébranlable et patiente, Solène veille sur moi.

Assise au sol dans un coin de ma chambre, le petit corps flétris de Gressy semble remplir la pièce immense. L’œil terne et globuleux, le cheveu gras en bataille,
Gressy me fixe de son regard étrange et pointe vers moi son long doigt squelettique
Parfois, pour rire, elle m’enserre la gorge de ces mains décharnées
Et rejette la tête en arrière, sadique, se moquant effrontément de ma terreur, tandis que je suffoque, que j’ai le souffle court
J'imagine ma vie sans elle, et je souris, et je m’endors enfin, et mes songes sont légers.
Dans un éclat de rire parfois, Gressy se dissipe
Mais toujours elle revient, décidée à moisir dans ma vie
Parfois, elle me bouscule, m’oppresse, me frappe à la poitrine, me décourage de tout,
Elle me laisse avachie, vidée de mes forces, telle une poupée de chiffon sur mon lit
J’exècre Gressy, mais c’est ma sœur dans la vie.

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Petite Mort

Ce soir, je ne dors pas, je voudrais ne rien entendre, ne plus savoir lire, ne plus rien ressentir
Je voudrais ne plus sentir ce pitoyable éclopé qui s’obstine à palpiter encore, cette gorge serrée où plus rien de passe
Et je noie dans sous la douche des gouttelettes sournoises
Ce soir je ne dors pas. La cérémonie funèbre s’organise déjà. Par ici les conteurs, par ici les pleureuses. Pas d’amis, pas de famille, pas de fleurs ni d’afflictions hypocrites. J’enterre dans l’intimité un vieux rêve, quoi ? Une chimère peut-être.
Elle poussait lentement dans mon imagination, faisant fi du sens critique, et des peut-être, m’engourdissant, m’abandonnant dans une douce torpeur. Illusion sordide. Avorton sans espoir.
Elle s’est évaporée dans quelques bribes, s’est dissoute en trois mots, en deux soupirs…



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Ce soir, on ne dort pas ; des corps allongés dans l’obscurité écoutent les bruits de la nuit
Fenêtres ouvertes, ils frissonnent, ils ont froids… Ils s’entraînent. Ils écoutent passer les vies, attendent que le jour se lève enfin
Afin de se défaire de ces insaisissables rêves éthérés
Ils s’encouragent sans voix, malgré la distance, malgré l’absence

Demain soir, peut-être, dormiront-ils
Dès qu’un souffle aura rafraîchit leurs soucis
Dès que ces chimères se seront évanouies
Dès que la promesse de ne plus jamais rêver sera sûre d’être tenue…

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Le goût de mes larmes

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Mes larmes ont un goût de mer
Elles caressent la peau de mon visage
Comme les vagues lèchent le sable des plages.
Elles s’écrasent avec fracas sur mes joues,
Telles les eaux furieuses agressant les falaises.
Tel l’océan après le déchaînement des vents,
Elles me laissent exsangue, apaisée, lénifiée.

Mes larmes sont des perles de rage…

Mes larmes ont un goût de sel,
Elles me brûlent les joues et me piquent les paupières,
Empoisonnent les cœurs desséchés par les passions ardentes.
Cœur iodé, cœur bréhaigne…

Les larmes lézardent les murs des esprits confus,
Erodent les fragiles fondations des vies les plus incertaines.

Mes larmes sont solidaires :
Des larmes appellent des larmes…
Tapies dans l’ombre, elles guettent la faiblesse
Pour goûter à la lumière et couler, couler sans cesse
Prétextant fêlures d’hier ou d’aujourd’hui.

Car mes larmes ne connaissent pas notre temps
Elles titillent l’instant présent, taquinent le passé et agacent les lendemains.
Elles errent sans frontières dans le temps et l’espace,
Chevauchant les minutes telles des amazones,
Libres et rebelles.

Mes larmes sont des gouttes de rosée de l’aube
Qui courent le long des joues et rafraîchissent les corps fiévreux.
Joyeuses, ingrates, elles n’ont que faire de l’affliction.
Elles se bousculent, se précipitent, se chahutent
Dans le silence assourdissant de mes angoisses.
Mes filles sont des chipies capricieuses et égoïstes

Les larmes sont une eau sacrée de baptême
Qui régénère et qui renforce les corps.
Elles sont l’ondée de printemps qui irrigue les consciences,
Permettant l’émergence de notre nature vraie.

Les larmes sont de ces amis étranges,
Que l’on aime, que l’on admire, et que l’on hait, tout à la fois.
Les larmes sont de ces chefs de guerre autoritaires,
Dont on ne pourrait se passer, qui ne nous laissent pas le choix.

Mes larmes sont potables, et goûteuses voyez vous ?
Elles pèsent sur ma poitrine, tels d’oppressants trésors
Qu’il paraît indécent de vouloir partager…

Poème de jour triste
Mars.Elle 04/2006

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